Antton Negeluak sortürik - 2014

1658: Toulonjon.StMartin [B.11b]

Catégorie : Autres Publication : lundi 3 novembre 2014

 

Paris le 27 octobre 1658.

Monsieur mon cousin,

Il y a bien longtemps que vous n'avez reçu de mes nouvelles, (…) le roi m'a demandé de le suivre dans son voyage mais je ne voulais mander que de positives ; vous saurez donc que j'avais attendu l'arrivée de M. le Maréchal de Gramont pour me déterminer de ce que j'avais à faire. Son avis fut que je devais acheter le domaine, puisque l'arrêt du mois de juin m'en donnait la faculté, et il lui sembla qu'il fallait, avant de se donner la peine de chercher l'argent, savoir si M. de Troisvilles se contenterait de mes rentes sur la coutume de Bayonne, et pour cet effet, il pria M. l'évêque de Lescar d’aller le trouver de sa part pour lui proposer. Il répondit qu'il avait besoin d'argent, et quand on lui en compterait, il le recevrait volontiers. Nous nous ravisâmes depuis et crûmes qu'il fallait porter les choses d'une autre manière et les emporter par une voie plus honorable, ce qui nous obligea à porter notre plainte au Roi, disant que l'arrêt qui avait été donné était fort injuste, que nous avions dix-neuf voix contre vingt et une, que nous avions pour nous le rapporteur, les commissaires et M. le Chancelier, et ne perdîmes l'affaire que par les brigues des maîtres des requêtes, ses parents, qu'enfin nous lui demandions la grâce de ne vouloir que ses bons et fidèles serviteurs, ce que nous sommes, fussent privés de leurs privilèges et leur coutume abolie. Sur quoi le Roi a ordonné que les mêmes commissaires rapporteront l'affaire, en sa présence, et que cependant les choses demeureront en l'état jusqu’à ce qu'il en soit autrement ordonné par lui. Concevez bien le sens et les termes de l'arrêt, car par celui qui dit que les mêmes commissaires rapporteront devant le Roi, il est entendu que Sa Majesté veut que l'affaire n’ait pas été décidée, et par l'autre qui dit que cependant les choses demeureront en l'état, il est entendu aussi que nous vivrons comme nous avons vécu, c'est-à-dire dans notre état ordinaire, notre usage et notre coutume. Or, tirez donc vos conséquences et voyez comme apparemment nous avons gagné notre cause, car Sa Majesté n'entend pas nous ôter nos droits, et outre cela encore, les mêmes commissaires et M. le Chancelier qui rapporteront devant le Roi furent pour nous. Je vous réponds aussi des ministres. Jugez de là si vous ne tenez pas l'affaire toute gagnée, je le prétends faire juger, et il ne tiendra qu'a moi de la tenir en longueur tant qu'il me plaira, et il nous est arrivé un bonheur bien considérable qui est que M. de Troisvilles ayant fait signifier son arrêt, il accepte la clause du rachat du domaine qui est un grand avantage que nous avons a cette heure et que nous avions perdu par le passé.

L'on dit que M. de Vandome a vendu le duché de Pinthièvre et qu'il doit payer au comte de Guiche cent et tant de mil livres de son mariage et qu'on doit me les donner pour retirer leur coutume, mon frère est d'avis que j'en achète le domaine ; je ferai ce qu'il me plaira.

Il me semble que les nouveaux prétendus officiers sont bien heureux de tout ceci car les voilà présentement hors d'intrigue et d'espérance et réglés pour l'avenir. Je ne conçois pas comme ils aient pu être si emportés que de s'imaginer pouvoir jamais s’établir, quand même ils auraient eu cent arrêts l'un sur l'autre, je ne l'aurais pas supporté et l'aurais toujours empêché. J'écris à M. le syndic de la noblesse, celui du pays et des degans des lettres de créance seulement, me remettant à vous du reste. Je vous avoue qu'on ne vous saurait assez vous louer, car au lieu d'être tous consternés par la perte du procès, voir notre partie sur les lieux pour l'exécution de son arrêt et moi en Flandres auprès du Roi, éloigné de trois cents lieues, vous vous êtes maintenus avec fierté et avez témoigné une fermeté fort louable ; assurez-les tous, s'il vous plaît, qu'ils ne se mettent en peine de rien et qu'ils me laissent gouverner la barque.

Vous ferez un compliment de ma part à M. le vicaire général et de l'estime particulière que je fais de son mérite et de son amitié, le priant d'en faire un à messieurs du clergé. M. de Lamourous s'est fort plaint de moi d'avoir empêché qu'il n'ait été évêque d'Oloron.

J'étais sur le point d’aller vous voir, mais le Roi m'a commandé de le suivre à son voyage ; après avoir été quelque temps auprès de lui, je le quitterai à Lion et passerai par le Languedoc pour aller vous trouver, j'espère que nous boirons ensemble à la fin de l'année.

J'ai grand sujet d'être satisfait de mon voyage, ayant eu deux pensions sur deux évêchés de mille écus chacun ; outre de cela encore, j'ai touché six mille écus argent comptant de Mme la Maréchale de Gramont pour lui avoir cédé mes prétentions sur la coutume de Bayonne qui appartient au roi. J'ai eu une commission de maître de camp dans la garnison de Saint Jean de Pied de Port, avec mille livres d'appointement sur le revenu de la subsistance de Navarre, d'Estrac ayant eu les cinq cents restants.

Nous partons aujourd'hui et allons droit à Dijon ; personne ne sait vrai le sujet du voyage du roi, celui qui est déclaré est qu'il va tenir les états de Bourgogne, Lyonnais, Dauphiné, Provence et Languedoc pour augmenter les donations et faire passer les Edits ; la vérité de la chose est qu'il va pour épouser l'Infante de Savoie, mais s'il ne la trouve pas belle, il ne la prendra pas et le prétexte sera d'aller tenir les états.  Adieu, monsieur mon cher cousin, je vous conjure de m'aimer toujours. Je m'en vais de ce pas monter en carrosse avec M. le Maréchal de Gramont ; Dieu nous fasse faire bon voyage.

Je ne saurais assez vous exagérer les soins que M. d'Oihenart a pris à cette affaire, y ayant aussi servi avec beaucoup de capacité, de connaissance et d'affection. Larré mon maître d'hôtel part dans huit jours pour s'en aller chez moi et passera par Soule.

J'espère aussi que je maintiendrai mon droit pour les moutons larraris.