Antton Negeluak sortürik - 2014

1661-11: Jesuite.Toulouse [B.12c]

Catégorie : Autres Publication : lundi 3 novembre 2014

 

La mort de Goinheix dit Matelas, curé de Moncayolle,

 

lequel a été exécuté dans la ville de Mauléon, par arrêt du parlement de Bordeaux le huit du présent mois de novembre 1661.

 

A Tolose, par F. Boude, imprimeur, devant le collège des pères de la compagnie de Jesus, 1661

 

 

 

Monsieur,

 

Comme je sais que les nouvelles vous plaisent et que je vous fis savoir, il y a quelques jours, la prise de Matelas, j'ai voulu vous faire part de sa mort ignominieuse et comme ce malheureux eût la tête tranchée par arrêt du parlement de Bordeaux le huit de ce mois dans la ville de Mauléon. Avant qu'on fasse mourir ce criminel, on le conduisit à la plaine de Licharre et là on pendit en sa présence un degan, qui veut dire en français un syndic, deux de ses complices furent condamnés aux galères perpétuelles et huit autres fugitifs furent aussi condamnés à mort par cet arrêt. Ce séditieux aurait fait croire à de pauvres idiots qu'il avait de bons desseins et ainsi, quantité se laissèrent surprendre ; il ne faut pas s'en étonner, les méchants desseins ont toujours l'apparence de quelque bonne intention; il semblait avoir de grandes entreprises mais frivoles et dangereuses. Ne vous étonnez pas de la mort de ce misérable, cette impitoyable suit si infailliblement nos naissances, qu'un être n'est pas plutôt venu au monde qu'un autre en sort en même temps ; et la distance qu'il y a entre nos vies et nos morts est si courte que le philosophe n'a mis qu'un point entre ces deux extrêmes. Monsieur, peut-être que cette mort vous surprendra mais le crime de ce misérable est si noir que la sainteté infinie de Dieu n'a pu le supporter. Il n'y a que la mort des méchants qui est funeste et vous savez assez que moralement parlant, il est très difficile de faire une bonne et sainte mort après avoir mené une vie fort scandaleuse. Néanmoins ce Matelas est mort fort contrit et repentant de ses fautes, priant la Divine Bonté d'avoir pitié de son âme et demandant à tous ceux qui étaient présents à ce spectacle un Pater et un Ave Maria pour obtenir de Dieu la rémission de ses crimes.

 

Voilà, Monsieur, tout ce que je puis vous donner à présent sur ce sujet funeste, en attendant l'honneur de vos commandements, je me dirai sans condition,

 

Monsieur,

 

Votre très humble et très obéissant serviteur N.