Antton Negeluak sortürik - 2014

1662:Bela raconte [B.13]

Catégorie : Autres Publication : lundi 3 novembre 2014

 

Extrait des oeuvres inédites de Jacques de BELA1.L'original se trouve à la Bibliothèque Nationale. Ceci est la reproduction d'une photocopie obligeamment prêtée par Monsieur Pierre de SOUHY, de Mauléon, le 12 Septembre 19812.

"En Juin, Juillet, Août, Septembre et Octobre 1661 y eut en Soule une grande et inouie émotion des gens du tiers état conduits par M. le curé de Moncayolle sous prétexte du payement par eux d'une dette du pays quant à leur quotité, aux sieurs marquis de Monein et baron de Mesplés, ils étaient six à sept mille hommes armés, au commencement ils marchaient tambour battant, ils firent des statuts à Sylviet, de ne bailler des oblations aux curés, de réduire le salaire des messes à cinq sols et les prêtres n'eussent point de clavières, ils mirent à bas la maison d'Arrets et abattirent le toit de la maison noble de Jaurgigoyen de Chéraute pour ce qu'on y disait le prêche et sortirent de l'église le siège, ils violentèrent la personne et pillèrent les meubles du sieur de BUZTANOBI ministre de Mauléon, ils abattirent la maison du prêche de Montory, y contraignirent plusieurs de la religion d'aller en procession avec des torches et d'ouir messes, ils firent de grands logements et dépenses chez ceux de la religion à Montori et à Mauléon, ils bloquèrent une fois le château de Mauléon, en demandant les clefs ; ils violentèrent les officiers du Roi du Mauléon de faire acte d'union avec eux ; la nuit du 27 du Juillet la maison du curé d'Ainharp fut brûlée. C'est par la grâce et prudence de Messire Armand de Maytie, natif de Licharre en ce pays, évêque d'Oloron ; que ces grands maux et désastres ont été évités, même lui avec bénignité sauvant la vie de BUZTANOBY, ministre, le retirant et hébergeant en son secret et table et le faisant convoyer chez soi; lui et avec ses domestiques.

Le parlement de Bordeaux averti de ces désordres députa Monsieur d'Arche commissaire du Roi, grand chambrier, pour venir y mettre ordre, il fit halte à Sorde , où le seigneur évêque, les sieurs bailli de Mauléon et procureur du Roi, six des dégans de ce pays etc l'y furent trouver et prier que venant en Soule il n'y menât point des gens de guerre, lui les ayant exhortés tous de se dévouer à l'obéissance devers le Roi et son parlement de Bordeaux. Ils revinrent pour en parler au peuple, lequel leur bailla pour réponse un écrit contenant qu'étant averti que pour faire lever dans ce pays de 150 mille francs, les sieurs de Monein et de Mesples ayant emprisonné et détenant aux fers à St-Palais des souletins et pris aussi quelques paires de boeufs et iceux menés en Béarn, et que ceux de la religion contrevenaient aux arrêts du peuple s'était assemblé et armé suivant la coutume pour y mettre ordre et protestait de se pourvoir sur ce devers le Roi comme à la fontaine de justice car les préjudices se corrompaient.

De fait il fit lever à par soi et ayant baillé 100 Lt au sieur de Salha et leurs mémoires, le députèrent vers Paris, et désignèrent deux actes, l'un à monsieur l'évêque, portant que les dégans appelaient comme d'abus de l'excommunication générale qu'il disait vouloir lancer pour les désordres, et aux sieurs de Monein et de Mesples chez Meharon, leur domicile d'élection, contenant que les dégans sommaient les sieurs de se présenter dans qinzaine au parlement de Rennes pour y aller avant au procès qu'ils y avaient sur la dette active prétendue par les sieurs sur la Soule, ou que les dégans se pourvoiraient où, lors et comme il appartiendra ; de tout cela avis fut donné et la réponse écrite envoyée au sieur commissaire, avec un verbal par le sieur évêque à Sorde. Et le sieur commissaire en avertirait soudain Messieurs les commettants.

Cependant le sieur curé de Moncayolle se fait garder jour et nuit à dépens du pays par cent et plus d'hommes du populaire armés et qu'on rafraichit par escouades prises des villages tour à tour. Il fit emprisonner et conduire vers soi à Aroue le 16 du Août le sieur de Català curé de Montori, il le relâcha le 16 du mois, donnant deux otages pour rendre en brief Barkoixbide de Larraja et des prisonniers civils de Soule, que lui et ses paroissiens de Lannes en Béarn y tenaient. Ayant fait venir de la cour des aides de Bordeaux deux commissaires à Aroue nommés les sieurs de Bonau et de Samels, il y a tenu ses assises quelques jours et leur a fait prendre des informations. Passant par Lambarre avec les sieurs et son convoi, il alla loger le 26 Août en la maison de L'Hôpital d'Ordiarp et le 27 les sieurs commissaires y continuèrent leurs informations.

II a imposé sur les trois états du pays et cotisé monsieur d'Oloron à 100 livres pour sa part et à faute de son payement lui a fait saisir son temporel de Domezain. Il a cotisé aussi la ville de Mauléon à 100 livres. Le soir du 27 il s'établit au château de Tardets. il défendit à peine de 200 l aux contrevenants de moudre leurs grains aux moulins de Charritte ni d'Undurein, à défendre de rien vendre à ceux de Mauléon à peine de 10 l à chaque contrevenant et en chaque contravention. Le lundi 29 d'août, jour de marché de Tardets, il fit proclamer au marché à son de trompe que le jeudi prochain suivant, jour ordinaire du marché de Mauléon, personne ne vint tenir marché à Mauléon à peine de 400 l , ainsi qu'on allat tenir le marché le jeudi de Septembre à Viodos, come il fut fait le jeudi de septembre. Les commissaires descendant de Montory et Tardets passèrent par Mauléon le 6 de ce mois et ayant fait quelque acte chez Gourdo, s'en allèrent loger au Domec de Chéraute et continuant leur procédure les 7 et, s'y sont tenus jusqu'au (…). Le sieur Goyenèche prit sa route de Sauguis à Galharrague bien escorté et ainsi par Ciherey passant au col de Mirande, descendit à ce Domec. Les commissaires s'étant retirés, il tint ses assises à Aroue, bien escorté.

Me l'évêque lui ayant envoyé certaine sienne ordonnance lui signifier par Me Armand d'Eliçagaray prêtre, il le bafoua, le gourma et l'envoya prisonnier au moulin et en vertu d'un décret des commissaires, fit aussi mettre prisonniers Andreau jurât de Mauléon et Me Olivier Etchécopar notaire royal, et les prêtres et Andreau s'étant sauvés, il fit faire des ceps et y mit et détint le Etchécopar. Ensuite il se retira et se fortifia au moulin et y tint prisonnier aux ceps.

Le 11 octobre des troupes de cavalerie s'étant rendues de bon matin à Undurain, il les fit saluer d'une vingtaine de coups de mousquet et les fit laisser des paysans du lieu ayant fusillé quelques cavaliers, tué deux et blessé deux, les cavaliers restants en tuèrent aussi quelques uns et de ceux d'Espes, d'Abense et de Charritte, blessèrent et emprisonnèrent des lieux et de Charritte, d'Ainharp et de Larrori, etc. Le jour le beffroi fut sonné par tout le pays et quantité de paysans armés se rendirent à Undurein.

Et la cavalerie ayant campé en la campagne inférieure de Chéraute, furent logés à Chéraute, où des paysans étant le 12 leur faire quelque algarade, et en tout ils tuèrent et emprisonnèrent plus de 160 des paysans. La nuit du 12 le Goyenèche licencia sa garde et lui-même et 6 ou 7 à cheval prit la route de suite en haut Otsobiet vers l'Espagne, et comme fut proche la borde de Barachegaray d'Ordiarp, des paysans le précédant le conduisirent en la maison de Geintein, où il se mit en état de défense. Le 13 du mois y ayant été assiégé et lui et les siens tirèrent une dizaine de coups de fusil contre les assiégeants. Enfin ceux-ci ayant haché la porte y entrèrent et l'ayant appréhendé, monté au plus haut plancher, le prirent et menèrent au château et l'y mirent en la basse fosse et lui entravèrent les jambes.

Le 14 du mois sur la soirée arriva monsieur d'Arche à Mauléon et employa l'après dînée du 15 du même mois à l'entendre, et la matinée du l6ème quelques uns de ses complices aussi prisonniers. Le 17 le sieur commissaire procéda à comparer3 des témoins à de Goyeneche et acheva la procédure, le 18 et 19 l'envoya juger par messieurs du parlement, le vendredi 21 du mois il vint en la cour de Licharre ouvrir les audiences pour que la justice de ce pays allat ci-après son train ordinaire, et y fit lire et publier l'édit du Roi du [ ? ] de Mars dernier portant prohibition des armes à feu. Ayant le seigneur envoyé au parlement la procédure, il lui fut renvoyé sans arrêt, disant qu'il la refit ayant pour assistant 1'official, ce qu'il fit, et l'ayant envoyée telle en la cour, son courrier revint le lundi 7 novembre, de nuit, avec un arrêt de la cour du 5 du Novembre, portant entre autres que le de Goyeneche aurait la tête tranchée et les membres roués, le M. de Goyenèche son neveu et cagot d'Olhaybi assistant à l'exécution et les autres condamnés ux galères perpétuelles. Et plusieurs des nommés, certains seraient roués en effigie, Roquehort dégan de la vallée pendu et étranglé. Et le 8 du même mois après les dégradements, amende honorable etc. du de Goyenèche, lui , son neveu le cagot et Roquehort furent portés en des charrettes à la campagne inférieure de Licharre, où le Goyenèche eut le col coupé et ses membres rompus sur un échafaud et Roquehort y fut pendu et étranglé en une potence dressés pour les effets.

Monsieur l'évêque ayant demandé les corps, ils furent jettés sur les charrettes et portés à Licharre et les Goyenèche et cagot rétablis au château à Mauléon. La tête coupée du de Goyenèche fut mise au portail de Mauléon qui est vers la barbacane par le bourreau, d'où fut dérobée la nuit du jour de l'an 1662 et son corps inhumé par un amour aveugle de monsieur l'évêque au devant du grand autel de l'église Saint Jean de Berraute paroissiale du Mauléon et celui du Roquehort au cimetière de l'église.

Et monsieur d'Arche ayant laissé à la justice ordinaire de ce pays pour faire le procès à plusieurs coupables des excès, se retira le même jour 9 de Novembre 1661, et les cavaliers ayant sucé les habitants de ce pays en plusieurs manières, se retirèrent au très grand contentement de tous les ordres de ce pays le dimanche 13 du Novembre.

Mais pour cela la maladie populaire, quoique clandestine, a été longtemps à guérir. Et le mardi 4 de Juillet 1662 en audience, extraordinaire de la cour de Licharre ce [reqt?] le procureur du Roi, y furent lus les abolitions du Roi des crimes et arrêts de Bordeaux des 24 et 25 de Mai en l'année 1662 portant la [verification?] de l'abolition, à l'exclusion de la mémoire des feux Bernat de Goyenèche curé et Roquehort, suppliciés, et sans y comprendre de Goynhetx, Bernard de Behety de Larrebieu et Jean de Cachau de Musculdy, condamnés aux galères, sauf les droits des particuliers qui ont souffert des violences, et ordonné que les abolitions et arrêts seront enregistrés en la cour de Licharre.

Note de J. L. D. : afin da faciliter la lecture et la compréhension de ce texte, j'y ai mis un certain nombre de virgules, ainsi qu'une division en paragraphes correspondant aux principaux épisodes.

 

1JOURNAL DE L'INSURRECTION DES BASQUES SOUS LA CONDUITE DE MATALAS. " Voir de JAURGAIN, Revue de Béarn, Navarre et Lannes, 1884, P. 283. Marcel Nussy-Saint-Saenz, "Le Païs de Soule, essai sur la coutume basque, Clèdes et fils, Bordeaux, P . 128.

BELAPEYRE (Athanase de, fils de Jacques de Béla) : Catechima labürra premier livre écrit en souletin , publié en 1696. Edition critique de l'Académie de la Langue Basque Euskalzaindia. collection Lekukoak, N° 7, 1982.

2 Retranscription par Jean-Louis Davant d'un manuscrit de P. de Souhy

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