Antton Negeluak sortürik - 2014

1665: Bela.Tablettes [B.14]

Catégorie : Autres Publication : lundi 3 novembre 2014

 Tablettes de Jacques de Bela

 Extraits de G. Clement Simon

 Arts.- Il faut se rapporter à un chacun en ce qui est de son art. Je connais dans cette parroisse de Mauleon en Soule trois serruriers : l'un nommé Pierre de Balaguan qui est maître parfait à faire de rouets de pistolets et arquebuses et qui ne réussit pas tant bien en fusils, l'autre appelé Bernad de Nethol, excellentissime maître en fait de fusils et qui ne rencontre pas tant en fait de rouets, et desquels serruriers, arquebusiers et pyrotechnistes, ni l'un ni l'autre ne savent pas si bien faire des mors de bride, des éperons et telles choses de leur art, comme Gracian de Landetchepare, troisième des maîtres arquebusiers et serruriers, lequel fait très bien les mors de bride, éperons, étriers, etc du métier....

 Danse.- Les danses d'aujourd'hui sont dangereuses, le but de la plupart des danseurs étant de dresser des embûches à la pudeur. Aussi le nom de danse provient de celui de gourmandise pour dénoter que la danse est venue de l'excès de manger et de boire, de la panse vient la danse. Aussi la danse est-elle venue des paiens entre lesquels elle faisait une partie du culte des faux dieux et pour cela, les anciens appelaient leurs prêtres Saliens, c'est-à-dire sauteurs, parce qu'une partie de leur charge consistait à sauter et danser devant ces divinités, mal qui n'est pas encore extirpé, même chez les Basques, chez plusieurs prêtres de ce temps, lesquels sont grands danseurs et mènent publiquement leurs danses dans les rues, les jours de dimanche, messes nouvelles, fêtes parroissialles, les passe-temps et joies publiques... Dieu ne laissera point impunis ceux qui, par manière de dire, dansent sur les sépulcres des martyrs, s'étant échauffés de vin, au lieu de lamenter la froissure de Joseph.

Changement.- Les vicomté et domaine du roi du pays de Soule ayant été vendus à Arnaud de Peyré, capitaine des mousquetaires à cheval du roi et maréchal de camp des armées de sa majesté, titulaire de la maison noble d'Eliçabe ou Cazemayor du village de Troisvilles et acquéreur de la maison d'Eliçiry du lieu, en mai 1642, les trois états du pays de Soule s'opposèrent à l'exécution de la vente et députèrent vers sa majesté et nos seigneurs de son conseil pour l'empêcher et se conserver en l'immédiate seigneurie du roi, opposition juste et dissentiment exempt de félonie. Et bien que la faveur de la partie l'eût emporté pour l'utile, aucun des principaux juges de la cause voulant ainsi faire planche à certaines de leurs ambitions ; pourtant nous, les officiers royaux y ayant relucté, par autre arrêt, nos judicatures furent déclarées royales en chef et ainsi nous avons été conservés en l'immédiate sujétion du roi.

 Mutinerie.- En Soule, l'an 1643, des paysans mûs d'Irigaray notaire habitant à Menditte, et conduits par Gracian son fils, factieux, pour le sieur de Peyré de Troisvilles, adjudicataire des vicomté et domaine du roi, firent infinité d'insultes contre les officiers et sujets zêlés du sa majesté, résistèrent au procureur du roi, s'attroupèrent au bois Silviet, descendirent en gens de bataille rangée, firent descendre le procureur du roi de son cheval et le renvoyèrent à pied, firent prisonniers et menèrent à l'église d'Undurein les sieurs de Belaspect et de Jaureguiberry de Libarren et les y gardèrent pendant environ vingt heures, les menaçant de les pendre à la première branche de chêne et usant d'autres outrages ; et les années 1646 et 1647, se sont attroupés et mutinés contre messire Henry de Gramont, comte de Toulonjon, gouverneur pour le roi en ses ville, cité et forts de Bayonne et pays adjacents, conseiller du roi en ses conseils, maréchal de camp en ses armées et gouverneur aussi et capitaine chatelain pour sa majesté au pays de Soule, fait et dit des saillies dont s'en est ensuivi l'amende honorable d'Ahetz de Troisvilles, fils du procureur de Peyré..

 Oblations.- Les curés tant des villes que d'autres lieux doivent être maintenus des droits des oblations comme des autres droits parroquiaux qu'ils ont accoûtumé de percevoir selon les anciennes et louables coûtumes quae ex pietate introductae sunt. Les anciens arrêts du parlement de Paris ont toléré ces droits et d'autres parlements aussi s'y sont joints afins que les oblations soient de concilio non de proecepto... Comme en certaines églises de la Barhoue, en ce pays de Soule, en carême, on fait des oblations de morue, de sardines, etc. En d'autres églises on offre un cheval lors de l'enterrement d'un seigneur, et lors de la sépulture d'un autre homme un mouton, lors de l'ensevelissement d'une femme une brebis, et pour les pauvres hommes on offre des chapons, et pour les pauvres femmes on offre des poules, et pour les tous quantité de pain et de la cire en chandelles, des pommes, voire et des côtelettes de mouton, etc, selon les usages des lieux. De ces gratuités faites par dévotion et continuées les unes par accoutumance, les autres par amour envers le curé qui les reçoit, les autres par vanité de ceux qui les font, les autres à l'importunité et menace de leurs curés, les autres à cause des procès qui leur sont donnés sur ce, a été faite coûtume et combien que contre telle coûtume on peut dire que les prestations faites volontairement n'engendrent obligation nécessaire, toutefois cela n'a lieu des prestations faites par dévotion et charité qui ont cette spéciale faveur que ce qui a été accoûtumé par long temps d'être payé produit obligation de la quelle est donnée action civile et légitime.

 Procès.- Nourrir et prolonger le procès est enfreindre le sixième commandement du décalogue. Pour remédier auquel inconvénient ci-devant, entre autres ordres de justice éparses en divers parts de Soule, la cour de Licharre se tenait sous un noyer, non loin du pont de Mauleon, et les procès y étaient jugés par des juges jugeants, hentilshommes potestats et autres terre tenants, sommairement. Encore aujourd'hui, 4 juillet 1665, à Larrau, en ce pays de Soule, le prieur du lieu, homme laique et plébéien, élu pour un an, y juge les causes sans écriture.

 Punir.- En juin de 1661, fut en Soule m. Bernard de Goyeneche, prêtre, curé de Moncayolle, ayant séditionné les gens du tiers état, disant que pour faire ce que dessous, il avait commission du roi et de la reine en sa poche qu'il touchait pour s'en accroire, et en assemblée de 5 à 6 mille paysans faisant abattre les temples de ceux de la religion réformée, exerçant la justice royale, taillant les gentilshommes, démolissant des maisons, mettant aux ceps quelques uns, faisant levées d'argent du peuple et autre désordres dont lui réussit, par arrêt du parlement de Bordeaux, le tranchement de sa tête et la penderie de Monhort, son complice, et fallut que le surplus de la populace eût une amnistie du roi.

 Taille.- Le roi est le vicomte et le seul seigneur haut justicier de tout le pays de Soule. Son domaine lui donnait par an, avec le contrerolle, la somme de 4 700 livres de rente. Il avait accoutumé d'avoir anciennement environ 3 000 livres de taille sur le tiers état du pays, jusqu'au règne du roi Henry II qui déchargea les habitants de Soule de toutes tailles et autres subsides, en considération de la pauvreté du pays et de leur fidèlité envers la couronne de France. Tous les rois suivants et même le roi régnant leur ont confirmé cette grâce.

 

(…) entr'autres les sieurs évêque d'Oloron et de Chabois, commandeur d'Ordiarp pour le clergé et les sieurs de Moneins et de Masples du corps de la noblesse, les tous ennemis et jaloux de la bonne fortune du sieur de Troisvilles et les nommés d'Oyhenart et Bonnecaze, syndics du tiers état du pays, qui étaient bien aises qu'il y eût du mouvement dans le pays pour se grandir et s'enrichir dans le maniement des affaires (...)