Antton Negeluak sortürik - 2014

Beretereche.Jaurgain[B.29]

Catégorie : Autres Publication : mardi 27 janvier 2015

 

Quelques légendes poétiques du pays de Soule – Jean de Jaurgain – 1899

 

Réédition Lacour – 1992

 

p. 13, 14 et 15

 

« Il faut avoir entendu cette magnifique complainte, chantée à pleine voix, la nuit, dans nos montagnes, pour en apprécier toute la beauté, l'indéfinissable expression de mélancolie et d'étrangeté que la notation musicale est impuissante à bien rendre.

 

C'est assurément l'un des types nationaux les plus complets de nos vieilles légendes euskariennes. Mon excellent ami Jules Sallaberry pensait, lorsqu 'il publia son recueil, que le meutrier de Berterèche était probablement un comte de Troisvilles, lieutenant du roi en son château de Mauléon ; mais le comté de Troisvilles date de 1643, et le premier capitaine châtelain de Mauléon de cette famille, Armand-Jean de Peyré, comte de Troisvilles et abbé commendataire de Montier-en-Dier, exerça la charge de gouverneur de Soule de 1676 à 1681.

 

Notre complainte dénote une figure beaucoup plus ancienne, et la tragique aventure dont elle a conservé le souvenir est évidemment antérieure au dix-septième siècle. J'en vois la preuve certaine dans le prénom de la mère de Berterèche, Marisantz de Bustanoby, très fréquent en Soule au quinzième siècle, encore usité dans la première moitié du seizième, et que l'on n'y rencontre plus quelque temps après.

 

Or, avant 1646, je ne vois dans la série des capitaines châtelains de Mauléon que deux personnages auxquels puisse s'appliquer le qualificatif de jaun kuntia : Jean de Foix, comte de Candale, et Louis de Beaumont, comte de Lérin, baron de Guiche et de Curton, connétable de Navarre ; mais le premier doit être écarté, car il ne trouva pas le loisir de venir prendre possession de sa charge ; d'ailleurs le comte de Lérin commandait à Mauléon depuis 1434, comme lieutenant du duc de Glocester, prédécesseur de Jean de Foix, et il refusait de rendre la place. Beaumont était le beau-frère de Jean d'Aragon, roi de Navarre, et Henri VI, roi d'Angleterre, qui avait quelque intérêt à le ménager, lui laissa, par lettres du 16 mai 1447, la jouissance du château de Mauléon jusqu'à ce qu'il fût payé des frais de construction d'une tour qu'il avait fait élever pour la défense de la forteresse et d'autres réparations, le tout évalué à une somme de mille livres sterling.Le 8 août 1448 (...paragraphe sur la conquête de la Guyenne...).

 

C'est donc de la première moitié du quinzième siècle, entre 1434 et 1449, que date la ballade de Berterèche, car le meurtre du fils de Marisantz de Bustanoby fut certainement commis ou ordonné par le comte de Lérin -qui était Navarrais et parlait le basque- pendant qu'il commandait au château de Mauléon.

 

La Soule était alors le théatre d'une sanglante querelle des factions rivales de Luxe et de Gramont, qui, depuis plus d'un sièvle, partageait tout le pays basque cispyrénéen en deux camps ennemis ; Louis de Beaumont favorisatit le parti du seigneur de Luxe, son proche parent, et la mort de Berterèche fut un des mille incidents de cette guerre civile.

 

Par lettre patentes (...longs développements sur les querelles Beaumont/Gramont jusqu'à la page 25...) »