Antton Negeluak sortürik - 2014

Nos histoires [B.21]

Catégorie : Autres Publication : mardi 4 novembre 2014

 Le pays de Soule

 On sait aussi qu'en 1122, le château de Mauleon devient un château fort en pierre, financé par Alphonse le Batailleur, roi de Navarre et d'Aragon. Celui-ci a gagné le nom de Batailleur par ces incessantes attaques contres les villes gérées par l'emir de Cordoue. Les mois précédents il a conquis Huesca et Saragoza et le butin ramassé lui permet de renforcer les defenses du royaume. Il sollicite beaucoup Gaston IV duc de Bearn car celui-ci maitrise bien l'attaque des murailles avec des tours d'attaque en bois. En remerciement viennent le château de Mauleon, l'hopital St Blaise, la cathédrale d'Oloron, l'abbaye de Sauvelade et autres.

 La construction du château fort confirme la présence de la Soule dans le royaume de Navarre mais, à l'instar de la plupart des rois chrétiens, il y a une modification importante de la structuration des cités : regroupement des indigènes dans la Navarreria et ouverture de nouveaux quartiers aux « francos » (St Cernin, St Nicolas), création de marchés bastides réservés aux commerçants étrangers qui sont exemptés d'impot (Mauleon haute ville, Villeneuve de Tardets), corps de notaires et greffiers formé en France et formaté à l'usage de la langue française et de la loi salique, etc.

 La vente de porcs et le travail en Navarre sont une partie importante de l'economie de la Soule au XIV et XVèmes ; en 1350 des centaines de porcs vont de la Haute Soule jusqu'au marché de Zangoza où le porc est vendu 1,2 livres au lieu des 0,8 de Mauleon. Ce qui explique que les religieux de l'eglise de Ste Engrace, construit par Leyre, exploitent les forêts alentour jusqu'en Barlanes. De même, l'abbaye de Sauvelade gère l'église de Larrau et la forêt autour de St Joseph, les moines d'Orreaga exploitent Betzula et tout le fond de la vallée... En 1492, l'expulsion des Juifs entraine aussi celle de tous les étrangers et à Tutera 30 « francos suletinos » sont expulsés, tous sont jeunes, 10 mariés, ils sont tuiliers, charpentiers, ouvriers de vigne et blé, etc.

 La vicomté de Soule

 Le nom de vicomté de Soule apparaît en 1023, au moment où le duc de d'Aquitaine nomme Guillaume le Fort vicomte de Soule (celui-ci est déjà vicomte de Lavedan). C'est la constitution aussi de la vicomté du Labourd, car le roi de Navarre Antso Handia regroupe autour de lui les puissances locales en établissant des pactes de bonne relation plutôt que des relations de vassalité. Il le fait en collaboration avec le duc d'Aquitaine qui était son cousin et les siècles suivants, la situation de la vicomté sera dépendante des relations entre le royaume de Navarre et le duché d 'Aquitaine.

Ainsi c'est le roi de Navarre-Aragon qui finance la construction des murs en pierres du château en 1122, en suivant la politique du royaume de constituer un réseau dense de maisons fortes et chateaux forts. Parmi les douze ricombres du royaume de Navarre dont l'aval est nécessaire à chaque nouveau roi figure « Mauleon ». Cela tend à prouver que la vicomté est partie intégrante du royaume.

Le blason de la vicomté est un lion dressé et on trouve aussi ce symbole dans les blasons du Labourd, de Bidache, d'Araba, etc. Le lion est le symbole de la chrétienté en lutte contre l'islam et les croyances antérieures (ours, Mari) et une gravure située à Auch , représentant Samson chevauchant un lion est attribué au fondateur du duché d'Aquitaine, Antxo Mitarra.

 Le domaine royal

 En mars 1639, le roi Louis XIII met en vente son domaine royal en Guyenne pour financer ses faits de guerre. Arnaud Jean de Peyré emporte l'enchère pour 40.000 livres et il se rend compte assez vite que l'enveloppe est vide. L'edit d'adjudication évoque bien la gestion des terres et le droit de faire la justice en son nom mais ces deux espaces sont déjà occupés en Soule.

 La Soule compte le bourg royal de Mauleon avec son château, le marché bastide et quelques biens gérés par un capitaine chatelain puis les bourgs royaux de Barcus, Haux, Montory et Tardets gérés par des barons. On y administre la justice des fivatiers avec la presence d'un notaire et chaque bourg a deux jurats lors des assemblées generales de Licharre, cour qui veille au respect des règles de la Coutume écrite et à la libre disponibilité des terres communes.

 Toute la justice est entre les mains des gentilshommes juges-jugeants de la Cour de Lixarre, qui a le statut de judicature royale en chef depuis la redaction de la coutume de 1520 et son acceptation par François I.. Il n'y a aucun espace disponible pour la justice de Peyré, tout juste pourra-t-il établir un juge « juridictionnel » et un notaire dans le comté de Troisvilles. Plus tard l'achat des autres baronnies augmentera son domaine mais ses ambitions judiciaires seront toujours limitées par la Cour de Lixarre.

 Aussi fera-t-il beaucoup d'efforts pour delégitimer la Cour de Lixarre. Pour cela il tente de prouver le caractère irrégulier de l'AG de Lixarre, le manque de formation juridique des juges jugeants, etc. Ce qu'il obtiendra en 1642 et 1644 : des arrêts du conseil du roi ordonnent la validité de la justice de Peyré sur toute la Soule et l'espace de la Cour de Lixarre est limité aux bourgs de Licharre et Mauleon.

 L'affaire fait grand bruit : les gentilshommes juges-jugeants (53 membres de la noblesse locale hors les barons) s'insurgent contre le nouveau noble qui n'a aucune tradition de gentilhomme et les requêtes sont adressées au conseil du roi, portées par le lieutenant de robe longue Brosser et le procureur du roi en Soule Costeres. Il y a des décisions contradictoires données soit par des amis de Peyré soit par des conseillers soucieux du maintien d'une judicature royale fixée par le roi en 1520. La « legéreté » de la vente du domaine est mis en evidence aussi dans le Gers, le Quercy et le Tarn où des affaires similaires mettent en exergue que la justice accordée par la vente entre en opposition avec la justice existant avant la vente.

 Le comte de Toulonjon est nommé gouverneur de Soule en 1646 et comble un grand vide laissé par le précédent gouverneur Armand de Belsunce, présent en 1641 et qui ne paraît plus aux affaires de la Cour, sa confession protestante lui interdisant cette charge, il était encore gouverneur en 1641 et son absence est à l'origine de bien de dysfonctionnements de l'autorité royale(destruction du donjon, excès des hommes de Peyré, etc). Toulonjon assiste aux assemblées generales et prend acte des decisions qu'il est chargé d'appliquer, dont la mise en place de la mayade pour le remboursement de la dette : accordée en 1655, on regrette sa non-execution en 1660, et on en reparle en 1662. Toulonjon ne donne aucune explication à son inaction.

 

 La Coutume

 En 1520, un envoyé du parlement de Bordeaux, Me Ibarrola originaire d'Ascain, procède à l'ecriture de la coutume du pays de Soule. . Cet événement est important car le parlement de Bordeaux reconnaît le système juridique coutumier et garantit son existence, et par lui le roi de France reconnaît son existence. En contre partie le capitaine chatelain, nommé par la Guyenne en fait partie : il est au courant de toutes les affaires judiciaires, partage les potestats en cas d'égalité et assure l'application de leurs décisions.

 Ce système judiciaire est intégré dans le système judiciaire de Guyenne et du royaume : la cour de Lixarre est une judicature en chef, ses juges sont des juges royaux, le lieutenant de robe longue et plus tard un procureur du roi sont présents, représentant le capitaine chatelain et assurant l'exécution des décisions avec sergents et huissiers.

 Ceci peut expliquer le motif de la décision de la Cour d'ordre qui refuse le rattachement de la Soule au parlement de Pau, après l'edit d'union de Navarre, Bearn et Foix en 1620 , en demandant le maintien du rattachement à Bordeaux. C'est que ce dernier reconnaissait depuis longtemps le fonctionnement de la Cour d'Ordre, ce qui n'était pas le cas du parlement de Pau.

 Les textes de la Cour d'Ordre font toujours reference à la « coutume écrite » et J. de Bela dit que les textes étaient conservés dans l'église de Viodos, chaque degan devait s'y trouver avec sa clé pour ouvrir la porte à sept serrures. Pendant les guerres de religion, l'église a été brûlée et les archives sont devenues cendre. J. de Bela parle de sept degans du tiers état, faut-il en conclure que le tiers état s'occupait des archives ? Des archives générales et seulement de celles du tiers état ? Le siège de la Cour d'Ordre était à Mauleon et les archives à Viodos, repartition des responsabilités ou prudence ?

 Le texte de reference actuel est le livre « La coutume de Soule », édité en 1993 par Izpegi et traduit au français par Michel Grosclaude. On y trouve l'histoire des éditions de la coutume : elle a été ecrite en 1520 mais la première publication date de 1553 à Bordeaux, puis de 1576 à Bordeaux, 1603 à Bordeaux, 1661 à Bordeaux, 1692 à Pau, 1760 à Bordeaux et 1769 à Pau. L'édition d'Izpegi reprend la publication de 1760 où l'imprimeur précise qu'il a eu recours à la fusion de trois éditions precedentes (1553, 1576 et 1603) pour une édition « critique et soignée ». On ignore la langue utilisée lors de la rédaction de 1520, on ne connaît que les éditions réalisées à Bordeaux sur demande du parlement.

Michel Grosclaude apporte des précisions sur l'occitan utilisé tout en posant la bonne question : pourquoi en occitan et non pas en basque ou en français ? Tout d'abord l'occitan utilisé est loin du parler populaire, il s'agit plutôt d'une koinè juridique, d'un gascon « passe-partout » n'ayant aucun trait bearnais, bigourdan ou landais. Enfin le texte est imprimé à Bordeaux, pour répondre aux besoins de l'administration de l'Aquitaine (à l'époque de Guyenne) : parlement, juristes, avocats, etc. Alors que l'edit de Villers-Cotterets date de 1539, les hommes de loi utilisent bien après le gascon pour l'ecriture des Fors de Basse Navarre, du Labourd et du pays de Bearn. La langue utilisée semble donc un choix de l'administration aquitaine et non pas celui de la Cour d'Ordre.

Le contenu doit aussi être pris avec précaution : le texte de 1520 a été approuvé à la Cour d'Ordre mais l'edition de 1603 fait mention d'articles approuvés par la Cour d'ordre et d'articles remis à négociation. Dans les éditions suivantes, on ne distingue plus les articles adoptés et les articles proposés par le parlement de Bordeaux et non approuvés par la Cour d'Ordre.

La Cour d'Ordre est le gouvernement la Soule : fixation de la taxe à payer par chaque foyer suivant la dotation annuelle négociée avec le parlement de Bordeaux, entretien des routes et des ponts, règles de commerce et d'agriculture, justice civile et criminelle. Les habitants des paroisses royales (Mauleon, Larrau, Barcus, Tardets, Haux et Montorys désignent des jurats, le seigneur local dispose du droit de régler les différents entre ses fermiers. Les autres paroisses désignent les sept degans et l'ensemble constitue le tiers etat, dirigé par un syndic.

 

 La cour de Licharre

 Le document 3J82 précise l'enregistrement des causes à traiter en novembre 1641 et mai 1642 en la cour de Licharre. On y trouve donc l'ensemble des causes des douze mois : 174 causes. On peut aussi comprendre le fonctionnement de cette cour :

1- L'acceptation des causes à juger

 Le mardi 5 novembre 1641, sont réunis :le capitaine chatelain et gouverneur, Armand de Belsunce, les juges jugeants Valentin d'Aroue, Isaac de Belacq, de Jaureguiberry, Simon d'Onismendy, et Arnaud de Berho, le procureur du roi d'Etchart et le lieutenant de robe longue d'Uhart est absent. Ils donnent acte aux parties des causes qui seront jugées : 87 causes entrent dans les conditions requises. Ainsi 13 causes seront jugées dans les jours suivants, la plupart le vendredi 8. 60 causes seront jugées le mardi 12 novembre et 5 le mardi suivant. 3 affaires demandent la présence du procureur et 4 autres la présence de témoins.

2- Le jugement

A l'enregistrement, l'avocat de chaque partie a déjà presenté sa plaidoirie écrite. Trois juges jugeants fixent la décision et un greffier écrit l'ensemble de la procédure. Ce greffier a la responsabilité des archives des affaires qu'il a écrites. Si besoin, il écrit une copie de la décision pour le sergent royal chargé de notifier une décision. Un jugement assemble donc au minimum 8 personnes : le requerant et son avocat, le demandeur et son avocat, les 3 juges et le greffier.

 

3- Le parquet de la cour

Le texte fait reference à un « Oratoire » de la cour où le plaignant serait conseillé sur la procédure et les besoins de sa cause. Une permanence semble exister tous les mardis, jours de marché. Le 12 novembre 1641, 60 causes ont été jugées. Les deux parties plaidant et les gentilshommes jugeant, on peut raisonnablement penser au traitement de 6 causes par chaque groupe de juges pendant la journée. Ainsi 10 pièces du parquet avaient été occupées simultanément : plaidoiries des avocats (effets de manche et empilements de dossiers, table d'ecriture du greffier et sièges des juges (tous gentilshommes de Soule habitués à l'aisance des maisons nobles), aisance, chauffage, etc. Il convient d'ajouter les salles de rencontre des avocats, les salles d'archive des greffiers, les archives de la Coutume écrite.... En somme 12 avocats, 30 juges jugeants et 10 greffiers, de quoi remplir une grande maison sur la place de Lixarre.

4- Les avocats

 L'enregistrement des causes exige la préparation de la défense de chaque partie avec une cause écrite par un avocat. Arreing a 5 causes, Barneche 6, Bela 23, Belaspect 32, Belaperitz 3, Beloscar 10, Bertereche 2, Bonnecase 20, Irigaray 15, Lassale 12, Sartillon 6 et Biny 13. Bela, Belaspect et Bonnecase peuvent difficilement être présents dans chaque cause mais on peut noter la présence de 12 avocats établis en Soule. 4 causes (souvent des dettes de quelques francs) se passent aussi d'avocat.

 

 La charge de capitaine gouverneur

Lorsque Me Ibarrolla, envoyé de François 1er, écrit la coutume de Soule, le système judiciaire souletin entre dans le système royal. La coutume, écrite et remodelée par la Cour d'ordre, est la base juridique et son application est réalisée par une cinquantaine de gentilshommes (juges jugeants). En contre partie, le capitaine gouverneur est informé des causes, il est présent lors des séances de la Cour de Licharre et tous les écrits sont en français.

Armand de Belsunce est présent lors des jugements de la cour de Lixarre du 5 novembre 1641. La demande de remboursement au conseil du roi de 1642 (Oihenart) n'a aucune reference au capitaine gouverneur

Henri de Gramont, comte de Toulonjon est gouverneur en 1646. Il n'est pas dans la requete au conseil d'etat (1646) presentée par Brosser, lieutenant de robe longue et d'Etchart procureur contre TV, ni dans celle de Bonnecase (tiers etat) au conseil d'etat(1656), ni dans l'assignation contre TV de 1657, ni dans celle de Bonnecase au conseil d'etat de 1658 (refutant les causes presentées au conseil en 1641, Il n'apparait pas dans les jugement de la cour de Lixarre de 1648, 1649, 1650 (contestation justice TV), 1651, 1656 (suspicion greffier), 1657, 1658. Il est present à l'AG de la cour d'ordre du 26 decembre 1655, dans celles du 4 juillet et 19 septembre 1660 (remboursement par mayade), dans celle du 24 novembre 1662 (rejet justice TV), celle du 6 mai 1663 (rejet silviet de TV), il signe l'assignation à TV à se presenter au conseil d'etat le 17 mars 1659, il ordonne l'arrestation de Charles d'Etchandy de Sauguis qui a organisé un soit-disant silviet le 4 fevrier 1662 sur la plaine de Sauguis à l'incitation de TV. Une delegation de la cour d'ordre se réunit avec Mesples en 1663 pour traiter du remboursement et Toulonjon est sommé d'intervenir d'autant « qu'il n'a jamais voulu qu'un acte fait en sa presence ne liât le pays si l'acte ne se trouve pas juste sur le fond ». Il laisse la charge en 1676.

 Armand-Jean de Peyre est gouverneur de 1676 à 1681, fils ainé du comte de Troisvilles, il achète à Henri de Gramont la charge de gouverneur ainsi que sa demeure, l'ancienne maison Sponde, pour 49 000 livres. Il vend sa charge en 1681 au marquis de Monein, Armand-Jean de Montreal, son neveu, par ailleurs grand senechal de Navarre et qui deviendra comte de Troisvilles. Auparavant, il a été abbé commendataire de Montier -en-Der en Champagne. Il meurt en 1700

 

 Le château- bastide

 Le site du château fort est une position dominante de la ville de Mauleon, on le voit de loin mais il permet aussi de voir loin, vers Tardets et la Madeleine, Ordiarp et St Antoine, Viodos et Berrogain. Pierre Bouchet y a trouvé des outils de pierre de trois mille avant J.C., ce qui donne à penser l'existence d'un lieu de vie et de travail du néolithique, dans le genre « gaztelu », c'est-à-dire un plateau aplani entouré de haies de protection.

 La première trace écrite concerne la fortification du château dans les années 1120, sur volonté (et finances) de Sanchez Ramirez, roi d'Aragon et de Sobrarbe (petit fils d'Antso Handia), avec les éléments suivants : au milieu du plateau élévation des murs en pierre, construction d'un donjon de plusieurs étages, accès par deux sarbacanes avec pont levis, batiments de logement du personnel, forage d'un puit où l'eau est à vingt huit mètres, creusement de la terre autour du château pour établir une motte de terre hérissée de pieux de defense en bois.

Le château est accompagné de l'etablissement de la bastide : un lieu avec un statut particulier (Fors de Jaca) et séparé de la paroisse de Mauleon et de la Cour de Licharre. Il dépend directement du château : marché hebdomadaire, commerces reservés aux non-autochtones qui sont exemptés de taxes de Licharre, péages à l'entrée au marché et au pont, moulin unique, etc.

 

 Le conseil du roi et Troisvilles

 Arnaud-Jean de Peyré obtient en 1633 pour la paroisse de Trois Villes les droits de justice, marché tous les 15 jours et foire à la St Michel. Vu de Paris, la Guyenne est un pays désert dont la vente permet au roi de remplir les caisses pour continuer les guerres tous azimuts. Mais la Soule est habitée et dispose d'une justice originale, exercée par les gentilshommes juges jugeants, habitants en Soule et s'appuyant sur une Coutume écrite et réécrite par les trois ordres réunis au parquet de Lixarre. Le parlement de Bordeaux confirme ce système en 1623, exerce la juridiction d'appel de Licharre et place donc cette juridiction au sein de la justice royale.

 Arnaud Jean de Peyré est capitaine de la compagnie des Mousquetaires, une troupe d'élite, au service de la famille royale, fidélité encensée par Alexandre Dumas, constituée de militaires aguerris, non-aristocrates et mondains. Cette troupe a rendu de bons services à Louis XIII et à son épouse Anne d'Autriche. Louis XII meurt en 1643 et Louis XIV ayant 14 ans, Anne assure la régence. Elle connait bien Arnaud-Jean et celui-ci va en profiter pour obtenir de arrêts incroyables du conseil du roi.

 Il avait déjà obtenu la suppression de la charge de gouverneur de Soule et la destruction de sa résidence au château fort (le donjon à trois étages et la sarbacane) en 1642 (Richelieu meurt et Mazarin prend sa place). La charge de gouverneur est rétablie en 1646 et attribuée à Henri de Gramont, comte de Toulonjon, gouverneur de Bayonne et Maréchal des camps des armées du roi. Dès 1648, celui-ci ordonne la construction de la résidence du gouverneur au quartier du bout du pont (actuelle mairie) pour 10.000 livres et la reconstruction des murs du château fort et décide de s'attribuer une allocation annuelle de 3.000 livres, à charge de la Cour d'Ordre. S'il est venu régulièrement à Mauleon à partir de 1650, il n'est plus apparu après 1656, date à laquelle il a été nommé lieutenant général des armées de Guyenne (Bordeaux et Toulouse).

 Bon connaisseur de la cour du roi, Arnaud-Jean de Peyré veut passer de la carrière militaire à une carrière mondaine aussi prestigieuse que celle d'Henri de Gramont. Il est aussi Maréchal des camps et armées et conseiller au conseil d'Etat. Il achète donc le domaine royal de Soule en 1639 et, détenteur du Comté de Troisville, il obtient en 1646 les droits de justice sur la paroisses de Tardets, Abense, Alos, Ossas, Sibas, Etchebar, Sunhar, Lichans et Licq. Avec l'acquisition des paroisseses royales, il a aussi le justice de Montory, Haux, Restoue, Laguinge, Atherey ainsi qu'une partie du Barlanes. Il est aussi gouverneur de Mont de Marsan, Tursan et Gavardin. Il réside boulevard St Germain à Paris et il reconstruit le casamayor de Trois Villes en château d'Elizabia en style Mansard. Sa mère, damoiselle Marie d'Aramits, y habite et semble vouloir jouer un rôle d'importance mais la paroisse n'a que sept feux, aussi il rêve de donner la justice en son nom sur tout le « domaine royal » acheté. A son arrivée, la justice fonctionnait bien partout : un juge à Barcus, un juge à Tardets-Montory et un juge à Mauleon et le parquet de Licharre pour tout le reste. Aussi il va confier à son avocat Miraulmont la tâche de disqualifier le parquet de Licharre et de bloquer le rachat du domaine royal par la Cour d'Ordre. De la vente du domaine en 1639 jusqu'à son rachat par le roi en 1668 va s'ouvrir une phénoménale campagne de harcèlement des conseillers du roi dont les éléments justifient le caractère « incroyable » de quelques arrêts du conseil du roi : fabrication et usage de faux, occultation de pièces et de décisions, etc. On peut illustrer cette démarche par une adaptation de l'appel des Mousquetaires : « Tous pour un seul comte, un mauvais compte pour tous !»

 Les documents des Archives departementales, en particulier le dossier 3-J-82 donnent les principaux éléments de cette démarche qui a donc deux volets : le remboursement et la justice

 

 

 

 

 

La demande de remboursement

 

Le 6 fevrier 1643 une ordonnance du conseil du roi fait état de trois offres de remboursement (6 juillet 1641, 7 fevrier 1642 et 10 mai 1642) qui ont été déboutées. Un arrêt du 7 janvier 1642 a même confirmé à de Troisvilles la possession du domaine. Cette ordonnance donne 15 jours aux envoyés de la Cour d'Ordre pour présenter le pouvoir spécial des communautés les autorisant au remboursement et aussi pour déposer le montant du remboursement. Le 27 fevrier, le conseil du roi réfute la demande de remboursement. On y lit aussi que Miraulmont, l'avocat de Troisvilles, dénigre la valeur de la délégation en précisant « la demande de remboursement est le résultat de pratiques et violences de quelques particuliers abusant de leur crédit, cette demande doit obtenir l'approbation du menu peuple. » Effectivement on sait que les délégués ont un acte de l'assemblée generale de la Cour d'Ordre mais qu'ils ne pouvaient pas présenter « le pouvoir spécial » exigé par les conseillers du roi. On y apprend aussi qu'Oihenart conteste cette décision car il n'a pas été entendu par Me Tubeuf chargé de l 'affaire.

 

Le 14 mars 1644, le comte de Troisvilles dépose une requête au conseil du roi « contre les députés du pays de Soule à ce qu'ils soient déboutés de leurs requêtes contenant offre de le rembourser tant la première finance de 40.000 livres que la surenchère de 30.000 livres faite par la damoiselle d'Aramitss sa mère et en outre 3.000 livres pour les loyaux coûts.. »

 

 

Le 15 avril 1645, un arrêt du conseil du roi dit que « Sa Majesté aurait ordonné que de Troisvilles et d'Aramys sa mère seraient conjointement remboursés par les députés du pays de Soule, trois jours après la signification de l'arrêt, tant des sommes de 40.000 livres d'une part que des 30.000 d'autre, par eux payés en main du sieur Fieubet, pour la vente à eux faite de la vicomté de Soule, appartenances et dépendances, que la somme de 3.000 livres à laquelle Sa Majesté a liqidé les frais et loyaux et leurs dépens, dommages et interets. Et à faute par lesdits députés de faire le remboursement dans le temps de trois jours, ils en demeureront déchus et le sieur de Troisvilles et la damoiselle sa mère maintenus en possession et jouissance de la vicomté de Soule, justice et droits en dépendant, conformément à leur contrat d'engagement. » L'arrêt est signifié aux délégués le 17 avril 1645.

 

Le 6 mai 1663, l'assemblée de la Cour d'Ordre écrit au roi Louis XIV pour dénoncer les agissements du comte de Troisvilles dont un acte de l'assemblée de la Cour d'Ordre dirigée par le syndic Isaac de Camptort (En fait il s'agit d'une fausse assemblée : Isaac de Camptor est un ancien Mousquetaire inconnu en Soule) et réclame la possibilité de racheter le domaine.

 

 

 

La justice

 

 

 

Le 26 fevrier 1642, un arrêt du conseil défend aux habitants de plaider en premièreinstance ailleurs que devant les officiers de Troisvilles mais l'arrêt du 26 novembre 1644 établit que la cour de Licharre est une judicature royale en chef. Mais en date du 17 janvier 1645, une note du parquet de Licharre signale que le sieur d'Irigaray, le juge de Troisvilles « a établi un nouveau siège, tenu les audiences, y fait plaider, fait emprisonner un vicaire pour s'être pourvu par devant les officiers de Licharre, qu'il a battu à coups de bâton un sergent en exécutant contre lui une commission des officiers, qu'il a fait diverses menaces et tenu des discours insolents. » Il est mis à la prison du château le 7 fevrier 1645 par le lieutenant Brosser et le procureur d'Etchart. Les gentilshommes juges jugeants s'insurgent.

 

Il achète le domaine royal de Soule en 1639 et a aussi les droits de justice sur les paroisses de Montory, Haux, Restoue, Laguinge, Atherey . Le document de 1646 attribuant le titre de Comte de Troisvilles avec les droits de justice sur la paroisses de Tardets, Abense, Alos, Ossas, Sibas, Etchebar, Sunhar, Lichans et Licq ne mentionne pas qu'il a déjà la justice des paroisses royales. Il a donc occulté volontairement cet élément !

 

Dans les pièces soutenant une requête de Troisvilles au conseil du roi se trouve la liste des 52 audiences réalisées par le juge d'Irigaray de Troisvilles avec laquelle Miraulmont veut démontrer que la justice de Troisvilles fonctionne bien. La stupeur des délégués de Licharre est grande car ils savent que d'Irigaray a très peu d'affaires à traiter mais ils contestent de suite la validité des pièces par manque de noms et signatures des greffiers. Revenus avec la copie, ils constatent que ce sont les audiences du parquet de Lixarre du 5 novembre 1641 et 23 mai 1642 mais copiées ensemble. L'enquête prouve le 21 avril 1656 que la copie a été réalisée dans les archives du greffier Roger d'Arreing, décédé peu après ces dates : le comte de Troisvilles a obtenu par un membre de la famille d'Arreing l'accès et la copie de quelques archives et il les a présentés au conseil du roi comme documents de travail de son juge !

 

Le 18 janvier 1646, le conseil du roi délivre un arrêt qui autorise le juge de Troisvilles à exercer sur toute la Soule, cet arrêt n'a pas été enregistré au parlement de Bordeaux et les officiers royaux vont l'ignorer pendant une dizaine d'années. Mettant à profit l'absence du roi et de ses amis partis en guerre, le comte de Troisvilles obtient du conseil un arrêt en date 1er juin 1658 qui accepte la juridiction de ce juge sur toute la Soule. Dans les documents accompagnant l'arrêt apparaît une assemblée generale de la Cour d'Ordre qui accepte l'arrêt du 18 janvier 1646 ; l'acte de l'assemblée generale est signé Isaac de Camptor, un inconnu qui s'avère être un ancien Mousquetaire. Encore un faux !

 

 

 

 

Les Peyré à Trois Villes

 

 

Jean de Peyré, riche marchand d'Oloron épouse en 1597 Marie d'Aramits, née à Sauguis, elle est la petite fille du capitaine de Jeanne d'Albret. Arnaud Jean nait en 1598, Pierre Arnaud en 1613 et Louise en . Il a acheté en 1607 la maison Elizabea qui est une abbaye laique et la maison noble Casamayor qui a le titre d'ecuyer, les deux maisons vendues par Bernard d'Echauz pour 15.000 livres. Il meurt en 1611.

 

 

Marie d'Aramits viendra habiter à Trois Villes dès son veuvage, elle y pratique la religion réformée. Elle élève ses enfants dans la religion catholique et les écoles d'Oloron.

 

 

Arnaud Jean de Peyré entre dans les Gardes Françaises de Paris en 1616 (l'année précédente Louis XIII s'est marié avec Anne d'Autriche), il entre aux Mousquetaires en 1625 comme garde cornette, blessé au siège de La Rochelle en 1627, il habite quelques mois à Trois Villes, et il est au grade de lieutenant en 1637, en 1630 il mène l'attaque de Rouvroy et le roi le nomme commandant et conseiller, en 1634 il est capitaine des Mousquetaires (200.000 livres + 17.000/an) et le roi érige Trois Villes en comté et lui donne le droit de justice hmb sur Trois Villes. Il se marie le 3 fevrier 1637 avec Anne Guillon (sœur du capitaine des Gardes), avec la dot, il achète en 1638 la baronnie de Montory, Haux, Laguinge et Restoue au duc de Gramont pour 16.000 livres.

 

Son 1er fils, Armand jean nait en 1639 et est abbé commandataire de Montier en Der ; il y accueille son père en disgrace en 1642. A la mort de son père, il reclame le titre de comte de Troisvilles en 1676 et achète à Henri de Gramont pour 49.000 livres la maison Sponde qu'il revend en 1681 au marquis de Monein, Arnaud Jean de Montreal son neveu, dès lors comte de Trois Villes, gouverneur et capitaine chatelain de Mauleon et grand senechal de Navarre.

 

Son 2ème fils Joseph Henri nait en 1648 et laisse les armes à 26 ans : grande renommée d'homme cultivé dans les salons parisiens.

 

Sa fille naturelle, Françoise d'Etchandy de Trois Villes, épouse Pierre Thomas de Conget, avocat et potestat d'Ossas

 

 

Le domaine royal de Soule est mis en vente par Louis XIII en mars 1639 : Arnaud Jean de Peyré et sa mère Marie d'Aramits s'en portent acquéreurs pour 40 000 livres. Le conseil du roi attribue dans cette vente les droits de justice royale, droits accordés aussi par le parlement de Bordeaux à la cour de Lixarre depuis 1520.A la volonté de la cour Orda de racheter le domaine, Marie d'Aramits fait monter le prix à 70 000livres.

 

 

 

 

 

 

L'église

 

Depuis l'an mille, si les rois ont du mal à constituer leur territoires, l'eglise de Rome rêve de reconstituer l'empire chrétien de Charlemagne et établit son réseau dans toute l'Europe sous l'impulsion du monastère de Cluny. Crée en 910, ce genre monastique met en place un ordre benediction plus rigoureux : 1/3 prières, 1/3 travail et 1/3 repos et beaucoup d'aristocrates y adhérent avec leurs donations et leur assistance. Cet ordre est indépendant des évêchés et dépend directement de Rome, il ne paye aucune taxe. Ainsi Antso Handia, roi de Navarre, leur donne l'abbaye de Roncevaux-Orrega. Parallèlement tous les ordres s'installent sur le front nord de la guerre contre l'islam : St Jean de Jerusalem à Mauleon-Berraute, Leyre à Ste Engrace, Sauvelade à Larrau (Sauvelade , ordre cistercien, créé en 1127 par Gaston IV le croisé, revenant de lutter contre l'émir de Cordoue), Ste Christine à Somport, Hopital St Blaise, Hopital d'Ordiarp geré par Orreaga, prieuré d' Ainharp.

 

En 1174, Arnaud de Laguinge fait donation de l'eglise de Larrau à l'abbaye de Sauvelade avec la dîme correspondante et le droit de pacage sur ses terres. Le même jour Lobaner lui donne aussi Eraize (le cayolar?) et la chapelle St Jean. En 1193 on trouve trace de la construction d'un prieuré (Appatia). La possession de l'eglise et de la dîme par un seigneur local montre le niveau de destructuration de l'eglise dans ses centres de commandement (Bayonne, Oloron, Dax) par les Vikings au IX. Sous pression de Rome, ces possessions retournent au XIIème dans les mains de l'église.