Antton Negeluak sortürik - 2014

1540 : Sauvelade.Larrau[X.1]

Catégorie : La vie quotidienne Publication : lundi 13 octobre 2014

 

Renouvellement de l’affièvement de 15 maisons de Larrau au

 

monastère de Sauvelade le 30 janvier 1540 :

 

acte en gascon béarnais recopié comme l’indiquent quelques corrections

 

apportées à la première copie et l’en-tête en français :

 

« du 30 Janvier 1540 »

 

*

 

Traduction en français et glossaire toponymique par

 

Jean-Baptiste ORPUSTAN

 

*

 

N.B. Cet acte conservé aux Archives Départementales (ADPA. E

 

2270) est mentionné dans l'ouvrage de A. Pasture intitulé Larrau et le syndicat

 

de Soule (…1988).

 

Les noms propres sont écrits ici avec majuscule initiale et les noms de

 

lieux en gras sous leur forme originale, suivies éventuellement de la restitution

 

en graphie basque moderne entre parenthèses.

 

1. Traduction

 

« du 30 Janvier 1540.

 

In nomine domini amenz (sic)

 

Que soit chose connue de tous que constitués personnellement par

 

devant moi notaire et les témoins nommés ci-dessous, et étant rassemblés au son

 

de la cloche au cloître et devant le lieu ou le chapître a l’habitude de faire les

 

actes semblables : N. p. frère Peis de Malhos abbé, frère Johan de Pardies

 

prieur, frère Johannes de la Salle, frère Guilhen de Laborde, fray Guilhemot de

 

la Fourcade, frère Per de Lissagaragaray (sic, sans doute pour

 

« Lizarragagarai ») religieux du monastère de Saubelade, Bernard Pardie,

 

Visent de la Nerau novices, les dits abbés (sic) et religieux de leur propre

 

science, et après avoir fait plusieurs échanges, consultations, tant pour l’intérêt

 

du dit monastère que aussi pour la liberté et indemnité des dits manants et

 

habitants du lieu de Larraun, situé dans le pays de Sole (moderne « Soule ») et

 

évêché d’Oloron, rappellent selon ce qu’ont dit les dits abbés et religieux l’un

 

après l’autre qu’ils possèdent avec toutes leurs appartenances pour leurs abbés et

 

religeux qui dans le temps ont été ou sont à présent du dit monastère et qu’ils

 

font les actes de justice spirituelle et temporelle tant sur les personnes que sur les

 

biens du dit lieu et territoire de Larraun, qu’ils usent et jouissent aussi bien selon

 

ce qu’ils ont dit avec ceux du dit monastère librement et avec franchise dans tout

 

le pays de Sole pour la raison du dit lieu de Larraun, de toute liberté d’aller et de

 

venir, de paître et gîter (le bétail) sans aucune contradiction dans le dit pays de

 

Sole ainsi que les autres nobles et habitants du dit pays depuis aussi longtemps

 

qu’il n’y a mémoire du contraire comme franchement et quiètement sans aucune

 

contradiction en ont usé les dits abbés et religieux.

 

Et ils m’ont aussi exhibé à moi notaire sus nommé une grosse

 

(« copie ») de papier contenant six feuilles quatre écrites et deux à écrire, les

 

2

 

écrites signées de maître Per de Lassalle notaire royal selon ce qu’ils ont dit à

 

son sujet, rôle sur lequel sont écrites les maisons et terres que les dits abbés et

 

religieux ont décidé et arrêté de donner en fief et emphitéose aux conditions qui

 

sont écrites dans le dit rôle, les noms de ceux qui prennent les dites maisons et

 

terres en fief et ceux-là reconnaîtront ainsi qu’ils l’ont reconnu les tenir du dit

 

monastère, lesquels sont ainsi qu’il s’ensuit:

 

et primo Mossen Sanx de Bertereche (Berterretxe) tient la maison, le

 

casal et quatorze journée de terre.

 

Item Petris d’Ayxithiex (peut-être pour Aitzitietxe) tient la maison, le

 

casal et quinze journées de terre.

 

Ithem (sic) Johanco d’Iriart (Iriarte) tient la maison, le casal et sept

 

journées de terre.

 

Item Arnaud de Barneche (Barnetxe) la maison, le casal et douze

 

journées de terre.

 

Item Domingo Irigoyen tient la maison et le casal et sept journées de

 

terre, Item d’autre part il tient une borde appelée Larrondo avec vingt journées

 

de terre ;

 

Item Pegen de Bordasar (Bordazar) tient la maison et le casal et sept

 

journées de terre, item et une borde au lieu appelé Sarssaya (Sarsaia) avec

 

quinze journées de terre, item autre borde appelée Niharbidia (Niharbidea) avec

 

trente journées de terre.

 

Item Petirothercu (sic) de Hegoburu tient une place, la maison et le

 

casal et quinze journées de terre et une borde appelée Hegoburu avec huit

 

journées de terre.

 

Item Marie Lassalle (Sala) tient la maison et le casal et quinze

 

journées de terre et une borde appelée la borde de Lassalle (Salako borda) avec

 

quarante journées de terre.

 

Item Petritoua (« le petit Pierre ») fils de Lassalle tient cinq journées

 

de terre.

 

Item Petris de Jaurigoyhenne (Jaurigoien, réduction de Jauregigoien)

 

tient la maison et le casal et une borde appelée Cibelcia (ce nom doit être une

 

déformation de « Zihibeltzea » ou « Zubeltz-hegia ») avec vingt journées de

 

terre.

 

Item Petris Carriquiry (Karrikiri) tient la maison et le casal et onze

 

journées de terre, item une borde appelée Oxoberro (Otsoberro) avec dix

 

journées de terre.

 

Item Arnaud Arotseix (Arotzetxe) tient la maison et le casal, quatre

 

journées de terre.

 

Item Gracian d’Aguerre (Agerre) tient la maison et le casal et trois

 

journées de terre.

 

Item Bernard de Rospide (Arrozpide) tient la maison et le casal et

 

(manque le chiffre) journées de terre.

 

3

 

Item Johannes d’Althabé tient la maison et le casal, six journées de

 

terre, et aussi une borde qu’il a près de Harssalburia (Harzalburua) avec quinze

 

journées de terre.

 

Item toutes les terres et lieux communs qui sont dans le territoire et

 

dans les limites et bornes du territoire de Larraun par … paient depuis toujours

 

quarante francs bordelais par an de fief le jour de Noël. Les noms des limites et

 

bornes du territoire de Larraun, en commençant par la frontière de Liq (Ligi) qui

 

s’appelle Attagaichecoerre (Athagaitzeko erreka : la dernière syllabe est omise

 

dans le manuscrit) allant du côté de Bosmendieta, le lieu appelé Muruche

 

(Murutxe ou Murrutxe) en tournant du côté de Larraun, Bagaçabalaga

 

(Bagazabalaga), allant du côté d’Iraty, le lieu appelé Halçourdy (Halzurdi), à la

 

frontière d’Iraty appelée Harssudurra (Harsudurra), allant par la frontière

 

d’Iraty le lieu appelé Organbidesca (Organbidexka), allant par la frontière

 

d’Iraty le lieu appelé Oducuçoquia (nom difficile à lire : Oduzuzokia ?), allant

 

frontière (sic) une montagne appelée Orhi, de Orhy (sic) allant du côté de la

 

vallée de Erroncal (pour « Roncal » en basque Erronkari) le lieu appelé Betcula

 

mehaqua (sic pour Betzula mehaka), allant par la frontière du val d’Erroncal le

 

lieu (sic) appelé Odilcina (Odilzina) et Oxogorria (Otsogorria), allant du côté

 

de Bellay (Belai) le lieu appelé Uthurriourdinetaco lephoua

 

(Üthürriurdinetako lephoa), allant du côté d’Ourdaits (Urdaitz nom ancien de

 

Sainte-Engrâce) le lieu appelé Bellaico portillona (Belaiko portillona), et

 

descendant par la montagne d’Unhurrice Escuntola (Unhurritze Eskuntola),

 

Item en descendant par la dite montagne le lieu appelé Hernaco

 

lephoua (Hernako lephoa), item en descendant à la maison de Quella (Kehella)

 

le lieu appelé Negumendy, item en descendant vers la terre du côté de

 

Lecharxu (Lexartsu pour Leizartsu), le lieu appelé Lecharxuco uthuruhandia

 

(Lexartsuko Üthürrü handia), item en descendant à la frontière de Lic, le lieu

 

appelé Ahunçolaco Irreca (Ahuntzolako erreka), des dits frères monastère (sic :

 

pour « les dits frères et le monastère de ») de Saubelade et habitants du dit lieu

 

de Larraun ont été et sont demeurés d’accord, et à leur requête par moy notaire

 

jeune furent faits, lus et publiés les dits articles et donnés à entendre aux mêmes

 

voisins et habitants en leur intelligible et langue vulgaire, lesquels après à eux

 

entendus et aussi les dits de Laclau et consorts au nom et comme syndics et

 

procurateurs susdits louent, approuvent, confirment, ratifient et abonnent et

 

consentent pour le présent et pour l’avenir perpétuellement. Item Laclau et

 

consorts ont obligé et hypothéqué les biens et intérêts dudit monastère le trente

 

janvier mil cinq cent quarante.

 

Les témoins et présents à ceci sont : Bertrand de Maillos (sic),

 

Perenaut de Thumias, Arnaud de Laplassa de Saubaterre, Bertrand de

 

Mosqueros, Johanne de Labayande, Bernard du Dretiu, Andreu de Legarrot,

 

habitants de Sauvelade, Jehan de Soberbies de Castenau, Per de Orot de

 

Loubieng, Guilhem de Berterreche, et Phetiri forgeron (« faur ») de

 

4

 

Carricaburu, de Larrau et Johan de Puchan menes(trier ? le mot complet en

 

marge est illisible).

 

Signé Lassalle, notaire royal. »

 

2. Glossaire toponymique

 

2. 1. Les noms des maisons et des bordes de Larrau

 

Agerre : « lieu en vue, à découvert ».

 

Aitzitietxe ( ?) : « maison située à l’avant » ( ?).

 

Althabe : « bas du versant ».

 

Arotzetxe : « maison de forgeron ».

 

Arrozpide : « chemin des étrangers ».

 

Barnetxe : « maison la plus à l’intérieur » .

 

Bereterretxe : « maison du prêtre ». Maison noble en 1540 comme

 

l’indique le titre (« Mossen » : monseigneur ») donné à son propriétaire,

 

protectrice de l’église qui a dû être bâtie sur son domaine. Tient peut-être son

 

nom de la première acquisition du lieu par l’abbaye de Sauvelade en 1174, par

 

donation de Sanche de Larrau (voir plus loin la maison « Sala » ou « Jauregi »).

 

La maison Bereterretxe est surtout fameuse par la célèbre « chanson de

 

Berterretxe » (Berteretxen kantorea) qui narre l’assassinat de l’héritier ou jeune

 

maître du lieu par le comte de Lérin gouverneur du château de Mauléon vers

 

1440. En souvenir peut-être de cet événement sans autre référence historique

 

connue que la chanson, la clef de voûte de la coupole de l’église édifiée ou

 

réédifiée en style gothique tardif (fin XVe-début du XVIe siècle) porte tout

 

autour une inscription latine en lettres gothiques, précédée des lettres U C., qui

 

se lit ainsi: UC. BERTERRECHE. M(ARI)TI MARIANA « Marianne de son

 

mari Berterreche ». Les lettres MTI avec M surmonté d'un signe abréviatif (au

 

Moyen Age on écrit couramment "m'a" pour "Maria" comme "g'a" pour

 

"Garcia") laissent entendre clairement le mot MARITI génitif latin de "maritus"

 

(mari). Le sens de la formule est peut-être donné par celui des lettres initiales

 

UC.

 

Bordazar, réduction de Bordazahar : « borde ancienne », le nom

 

indiquant l’installation d’un habitat en continu dans une ancienne annexe à

 

usage agricole.

 

Harzabalburu (borde) : « limite de la (ou: des) pierre(s) plate(s)».

 

Cette ancienne borde est devenue aussi une maison d’habitat permanent après

 

1540.

 

Hegoburu : « limite du sud ». La maison a une borde du même nom en

 

1540.

 

Iriarte : si le mot iri a gardé son sens primitif de « lieu habité,

 

domaine » (le mot latin villa a encore ce sens au XIIe siècle) ce nom signifie

 

« domaine intermédiaire » (entre plusieurs lieux notables mais implicites) ; si iri

 

nomme l’ensemble du groupement d’habitat (sens du roman « ville ») il signifie

 

5

 

à peu près « au centre de la ville » (le correspondant en gascon béarnais est

 

« Minvielle »).

 

Irigoien : avec les mêmes contraintes hypothétiques de sens « domaine

 

le plus haut » ou « au plus haut de la ville ».

 

Jauregi ou Sala: l’une des deux maisons existant aujourd’hui avec ces

 

noms correspond à « La salle » du texte béarnais, nom traditionnellement donné

 

à des maisons nobles, et parfois aussi par extension d’emploi à d’autres. En

 

basque « jauregia » est précisément « la demeure seigneuriale ». En toute

 

logique le donateur de 1174 « Sanche de Larrau » pouvait en être le propriétaire,

 

cédant à l’abbaye toutes ses possessions et ses droits personnels dans le pays. La

 

maison a pu avoir aussi ce nom, sans statut propre de noblesse, pour appartenir

 

au seigneur du lieu ou à un autre noble. Le toponymie locale offre un très

 

curieux schéma visible sur les cartes IGN : la maison écrite « Salla » se trouve

 

dans un écart important vers l’ouest par rapport à l’église actuelle et son

 

hameau, au-dessus d’elle vers le sud on lit « Elichagaraya » (« le haut de

 

l’église »), et plus bas vers le nord presque en ligne droite «Elichabe » (« bas de

 

l’église »), d’où l’on déduit que « Salla » constituant le point central semble

 

avoir été identifiée à « l’église ». Cette disposition intrigue, mais elle peut

 

résulter du hasard, avec des noms d’annexes (granges) des maisons du même

 

nom se trouvant dans le hameau de l’église.

 

Jaurigoihen, réduction de Jauregigoien : « la demeure seigneuriale la

 

plus haute ». Ce nom suppose l’existence de deux maisons nobles au moins

 

peut-être trois avec Sala (autres que Bereterretxe) à Larrau, quoiqu’il puisse se

 

comprendre aussi à la rigueur comme « la (maison) au-dessus de la demeure

 

seigneuriale (Jauregi) ». L’observation des lieux doit permettre, comme très

 

souvent, d’en décider.

 

Karrikiri : « habitat, domaine sur la route empierrée » (voir ci-dessus

 

Iriarte, Irigoien), ce qui signifie évidemment, comme dans tous les cas où il y a

 

référence à un objet ou une contruction voisine caractérisant une maison ou un

 

lieu, « près de la route empierrée ». On ne sait si le sens précis de « place

 

publique » pris par karrika en basque moderne, par simple extension

 

sémantique, avait cours en 1540 ou plus tôt.

 

Larrondo (borde) : « près de la lande », le mot basque larre nommant

 

toujours des espaces non cultivés, non clôturés et voués à la vaine pâture des

 

troupeaux.

 

Otsoberro (borde) : « broussaille des loups ».

 

Nigarbide (borde), en réduction phonétique orale et avec l’article

 

basque dans « Niharbidia » : « le chemin des larmes ». Ce n’est probablement

 

pas un nom expressif disant la nature difficultueuse des voies d’accès à Larrau,

 

mais une allusion aux nombreux points d’eau surgissant des flancs de montagne,

 

le basque utilisant encore l’espression ur nigarra « la larme d’eau » pour

 

nommer les petites sources au « goutte à goutte ».

 

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Sarsaia ou Zarzaia (borde) : plutôt que de l’espagnol « zarza » (ronce)

 

qui ne serait pas impossible à proximité de la frontière d’Espagne (il y a

 

Zarzagoiti à Iraty), c’est sans doute un composé de sartzi « haie de ronces » et

 

de hegi « crête, bord ».

 

Zibelzi : c’est apparemment la réduction orale d’un ancien Zubelzu

 

« lieu où abonde l’orme». On ne peut exclure une forme ancienne de Zubeltz(u)-

 

hegia «crête, bord des ormes».

 

2.2. Autres noms de lieux

 

Ahuntzolako erreka : « le ravin de la cabane aux chèvres ».

 

Athagaitzeko erreka : « le ravin du mauvais passage ».

 

Bagazabalaga : « le lieu du plat des hêtres ».

 

Belai : peut être ici une réduction de « bela(he)gi » au sens de « lieu

 

(ou « crête ») de corbeaux », ou bien correspond au composé « bel-ai » au sens

 

de « versant noir ».

 

Belaiko portillona : « le portillon (petit col) de Belai ».

 

Bosmendieta : « le lieu des cinq montagnes » ; lieu cité dans la

 

Chanson de Berterretxe : bosmendietan behera « en dévalant les cinq

 

montagnes ».

 

Betzula mehaka : si « mehaka » est bien « le défilé, le passage étroit »,

 

le terme « betzula » est moins clair, proche de « betola » qui serait « la cabane

 

aux vaches », peut-être avec un suffixe « -tzu(-) » fréquentatif « la cabane aux

 

nombreuses vaches », sans exclure un composé de « betizu » au sens de

 

«sauvage » ou « vache sauvage » en dialecte navarrais.

 

Erronkal : nom de la vallée de Roncal en Navarre qui se dit en basque

 

« Erronkari ».

 

Halzurdi : « plateau des aulnes » si l’on comprend la base urd-

 

« plateau » (voir plus loin Urdaitz). La réduction d’un composé avec ipurdi

 

« arrière, cul » n’est pas impossible avec un sens toponymique assez banal (voir

 

le suivant).

 

Harsudurra : avec har- pour harri « le nez de pierre »; ou avec hartz

 

"ours": "le nez d'ours" (le "Pic des Escaliers" est dit en basque Hartzburua "la

 

tête d'ours").

 

Hernako lephoa : « le col de(s) poutre(s) » (fûts d’arbre ? construction

 

ancienne ?) si l’on comprend un dérivé de ernai « poutre » ; avec ernari

 

« bête pleine » ou sa base erna au sens de « reproduction végétale » ce serait une

 

allusion à un site d’élevage ou de production forestière.

 

Irati : « lieu à fougère ».

 

Kehella : « la clôture, la barrière » . La délimitation indique qu’il

 

s’agit d’une maison du côté de Sainte-Engrâce. La carte IGN montre assez loin

 

de là, au sud-ouest du hameau de Larrau et à peu de distance des lieux-dits

 

Bagazabalaga et Halzurdi, une maison nommée Quihillaber (réduction de

 

7

 

Kehellaberri « barrière neuve » ou « maison neuve Kehella »). L’emploi du mot

 

d’emprunt « Kehella » pour nommer des maisons est une exclusivité de la Soule.

 

Lexartsu : « où le frêne abonde ».

 

Lexartsuko üthürrühandia (en phonétique souletine pour "ithurri") :

 

« la grande fontaine de Lexartsu ».

 

Ligi (« Licq ») : paroisse frontalière de Larrau.

 

Murutxe : « murette » nommant un obstacle naturel ou une

 

construction.

 

Negumendi : « mont d’hiver » (sans doute pour « pâture d’hiver »),

 

sommet (1307 mètres) aux limites de Sainte-Engrâce.

 

Odilzina (?) : on peut comprendre une réduction de odi-bil-aitzina

 

« l’avant du vallon arrondi », référant sans doute aux « Rochers d’Odihandia »

 

(« le grand vallon ») des cartes IGN.

 

Oduzuzokia (?): difficilement lisible au manuscrit, lieu proche

 

d’Orgambidexka d’après le texte. La carte IGN porte sur la route de Larrau à

 

Orgambidexka un cayolar et lieu-dit « Uculordoqui » pour Okul(u)ordoki

 

« plateau des étables », qui doit être le même.

 

Orgambidexka : peut être compris simplement comme « le sentier de

 

charroi » ; le composé aurait la même forme avec orr(h)e-gain, ce qui ferait « le

 

sentier du haut des genévriers », ou même Orhi-gain « haut d’Orhy » moins

 

probable vu l’éloignement du pic, à moins que le nom ait été donné

 

anciennement à toute la région qu’il domine.

 

Orhi : probablement dérivé de orr(h)e « genévrier » qui nommerait la

 

végétation caractéristique des pentes de ce point culminant souletin.

 

Otsogorri : littéralement « loup rouge » ; gorri peut être compris

 

comme une allusion au terrain dénudé ou coloré, ce qui réduit un peu l’aspect

 

mythique du toponyme.

 

Urdaitz : « plat rocheux », le « plat » tout relatif ayant permis

 

l’installation de la collégiale dès le XIe siècle, annexe de Leyre en Navarre, puis

 

de la paroisse de Sainte-Engrâce, dont c’est le nom local ancien.

 

Ünhürritze Eskuntola : Ünhürritze (« Ugnhurritzé » sur les cartes)

 

étant un « lieu où abondent les fourmis » c’est littéralement « la cabane de droite

 

du lieu de fourmis ».

 

2.3. Noms des religieux et témoinss

 

Ces personnages, comme les fivatiers de Sauvelade, sont tous nommés

 

par leur prénom suivi du nom de leur maison ou lieu d’origine en gascon

 

béarnais (pour les analyses de détail on doit se référer au Dictionnaire

 

étymologique des noms de famille de Michel Groslcaude, Radio Pais 2003), sauf

 

deux noms basques. Plusieurs de ces maisons sont citées dans le recensement

 

béarnais de 1385 et certains noms extrêmement répandus.

 

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Carricaburu : ce nom basque (Karrikaburu « bout de la rue ») de

 

maison très courant en Soule existe à Larrau même quoique non cité parmi les

 

affiévés de Sauvelade.

 

Labayande : ce nom n’existe pas tel quel, ni dans les noms gascons

 

encore en usage ni dans les feux béarnais de 1385, où l’on trouve cependant une

 

forme inversée Andebaye à Montagut, Narp, Autevielle. Le composant « baye »

 

aurait le sens de « vallée » et serait une variante du gascon baig de même sens,

 

sinon même une adaptation du basque bai de la toponymie médiévale « cours

 

d’eau » (moderne ibai) ; le second composant (qui ressemble à une adaptation

 

du basque handi « grand ») peut représenter un vieux terme pré-indo-européen

 

signifiant « rocher » comme dans Andorre, Anduze etc.

 

Laborde : il y a en 1385 une maison de ce nom à peu près dans chaque

 

paroisse et hameau du Béarn.

 

Laclau : « la clef » nom donné à des hôtelleries médiévales en Pays

 

basque (Saint-Palais, Ostabat 1350), cité une fois en Béarn à Mur (1385).

 

La Fourcade : en 1385 il y a des maisons « Fourcade » ou « La

 

fourcade » à peu près dans tous les hameaux du Béarn (noble à Castetnaut-

 

Camblong). Le nom désigne ou un « terrain boisé » ou un « croisement de

 

chemins » (fourche).

 

La Nerau : les noms de famille « Néreau, Néraud, Nérot » sont dans

 

l’ouest et la Normandie, dérivés du mot « noir ». En Béarn le recensement de

 

1385 cite une maison « Nauri » à Lespourcy qui n’est pas de même étymologie

 

(« nourrice » ? « batelier » ? ce serait en ce cas un surnom).

 

La Plasse : nom porté par des maisons situées sur la place, citées en

 

1385 en Béarn à Onenx, Aubertin , Pardies .

 

Lassalle : à peu près chaque paroisse et hameau du Béarn a une

 

maison de ce nom en 1385, plusieurs nobles (Loubieng, Mur, Lons, Assat,

 

Abos).

 

Le Dretiu (dans "du Dretiu") : Dretiu dérivé du gascon « dret, dreyt »

 

au sens de « droit », peut être ici une indication toponymique, sans exclure un

 

surnom de personne porté comme nom patronymique. Le recensement béarnais

 

de 1385 signale une maison de Johan deu destrer à Sainte-Suzanne.

 

Legarrot : paraît être une forme partiellement francisée (article « le »)

 

de Lougarot signifiant « le rocher » :

 

« Lissagaragaray » au manuscrit est une cacographie ou bien de

 

« L(e)izarragagarai » qui est « le lieu de frênes du haut », ou de « Elizagagarai »

 

qui est «haut du lieu de l’église » (ne doit pas correspondre à « Elichagaray » qui

 

est, entre autres, une maison de Larrau non citée en 1540).

 

Loubieng : c’est le nom d’un quartier de Monein (actuellement

 

« Loupien »), et aussi d’une paroisse du bailliage de Larbaig où quatre maisons

 

nobles sont nommées en 1385 dont une « Salle » ; le nom serait une formation

 

latine sur le prénom « Lupinus ». En 1385 deux habitants de Sauvagnon sont

 

dits « deus Lobienhs ».