Antton Negeluak sortürik - 2014

1661-08: Toulonjon.Tiersetat [L.22]

Catégorie : Licharre Publication : dimanche 2 novembre 2014

 De Paris le 28 août 1661

Messieurs le syndic, degans et habitants du pays de Soule, je n'ai pas été surpris d'apprendre vos nouveaux excès et violences puisque vous y êtes accoutumés il y a longtemps, et que la modération et la douceur dont j'ai usé avec vous autres, au lieu de vous ramener, n'a fait que vous perdre.

Vous savez que depuis que je suis entré dans le gouvernement, que je vous proposais de sortir de cette méchante dette générale, vous vous êtes soulevés contre ma personne, et que Monsieur le président Nesmond y vint après, il n'y a personne qui n'ait vu que j'ai fait une infinité de voyages dans le pays avec toute sorte de peine et de dépense pour vous obliger à vous accommoder, vous êtes témoins que je vous ai continuellement prêché que vous n'étiez pas sages, que vous viviez trop heureux au prix de tout le reste du royaume, et que vous êtiez capables de causer vous mêmes votre malheur, quel soin que j'y puisse apporter, vous savez aussi que j'ai détourné les quatre compagnies du Régiment Royal qui étaient en quartier à Eguillon et qui avaient ordre de marcher en Soule. Vous savez que j'aimais mieux faire un petit armement à mes frais que de souffrir que les troupes réglées du roi y viennent et qui vous auraient désolés.

Vous savez bien que lorsqu'on vous imposa à Dax 72.000 livres de subsistances, je m'y opposais formellement, quoiqu'on m'en eût offert la moitié pour moi, vous savez bien que je me suis attaché fortement à vous faire quitter par messieurs les barons une somme considérable, ce qu'il n'auraient pas fait sans moi et vous vîtes que je faillis tout rompre avec eux quand je ne les trouvais pas raisonnables.

Vous savez bien que vos voisins de Guyenne, Bearn et Navarre payent de grosses subsistances et que je vous ai fait soulager de tout cela, avec plusieurs obligations que vous me deviez.

Qu'arrive-t-il à cette heure ? C'est que je ne suis pas si tôt sorti du pays pour venir ici, que vous n'ayez continué vos rebellions, et si grandes qu'elles surpassent l'imagination. Quels maux et désordres n'avez -vous pas faits ! Vous vous êtes assemblés au son du beffroi, avez pris les armes contre les ordonnances, vous vous êtes fait rendre des prisonniers par force, faits par ordre de justice, en avoir fait de votre autorité, avoir voulu saccager Mauleon, surprendre le château royal et y avoir fait faire des significations, avoir brûlé publiquement les décrêts du parlement, avoir démoli les temples de la religion, avoir rasé des maisons et domaines, avoir fait de nouvelles lois, avoir ruiné le particulier et maltraité d'honnêtes gens.

Enfin, vos crimes sont si énormes qu'il n'y aurait pas assez de papier pour les contenir et il faut que vous soyez bien obstinés puisque vous ne les cessez pas et que vous les continuez à la veille de votre ruine, sans vouloir y remédier. Et dans le même temps que vous envoyez ici monsieur le baron de Salha pour protester de votre soumission, dans le même temps vous faite pis que jamais.

Vous m'avez mis hors d'état de pouvoir vous soutenir par l'excès de la continuation de vos crimes. Puisque vous avez voulu vous perdre, et que vous le voulez encore, je ne saurais qu'y faire. Vous l'avez voulu, vous le voulez, vous n'avez jamais voulu me croire, j'en suis bien marri, et vous ne considérez pas que depuis peu Marseille a été désolée pour n'avoir pas voulu reconnaître les échevins que le roi y avait nommés, que la ville de Nîmes est à présent saccagée pour avoir fait sédition contre leur évêque, que à présent il y a 8 000 hommes à Montauban qui vivent à discrétion, et qui y font mille maux, seulement parce que les huguenots n'ont pas voulu donner leur collège aux Jésuites, le roi l'ayant commandé.

Vous croyez vous autres, qui avez commis tant de crimes, que vous ne serez pas châtiés et voyez que ceux dont je vous parle le sont si cruellement pour n'avoir quasi rien fait ; vous vous trompez assurément, vous apprendrez par monsieur Salha la colère du roi, à bon escient, que j'ai tâché d'apaiser tant que j'ai pu, et sachez que je ne me démentirai pas en cette occasion, et que j'apporterai tous mes soins(...)